Donald Trump

SAUL LOEB / AFP

L’annonce a été faite ce jeudi par le Président américain: Donald Trump a décidé d’imposer, à compter du 10 juin, des tarifs douaniers de 5% sur tous les biens en provenance du Mexique, tant que les immigrés clandestins continueront d’affluer aux Etats-Unis en passant par la frontière avec le Mexique. Des droits de douane qui augmenteraient progressivement jusqu’à 25%.


Une annonce qui a suscité de nombreuses critiques: « Une nouvelle fois, le président sème le chaos à la frontière » entre les deux pays « au lieu de donner des solutions aux travailleurs et consommateurs américains », a réagi la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi.

Elle a aussi dénoncé l’inconscience de Donald Trump alors que Washington, Mexico et Ottawa ont lancé cette semaine le processus de ratification du nouvel accord de libre-échange nord-américain liant les trois pays, l’AEUMC. L’onde de choc a été telle que la chambre de commerce des Etats-Unis envisagerait de porter l’affaire en justice pour empêcher le président républicain de passer à l’acte, selon plusieurs médias.

Actuellement, les biens échangés entre les deux pays ne sont pas frappés de droits de douane en vertu de l’accord de libre-échange nord-américain, l’Aléna, en vigueur depuis 1994. Ce dernier doit être remplacé par l’AEUMC signé le 30 novembre.

Fidèle à son argumentaire, Donald Trump a suggéré vendredi aux entreprises de quitter le Mexique et de revenir aux Etats-Unis si elles veulent éviter de payer des droits de douane. Selon le président américain, les délocalisations vers le Mexique ont supprimé 30% de l’industrie automobile américaine.

« Avec des importations de marchandises en provenance du Mexique ayant atteint 350 milliards de dollars l’an dernier et des exportations de biens vers le Mexique de 270 milliards de dollars, les échanges commerciaux entre les deux pays sont fortement intégrés », résume Gregory Daco, économiste chez Oxford economics.

En outre, comme de nombreuses marchandises traversent la frontière plusieurs fois avant que le produit fini ne sorte d’usine, les tarifs douaniers représentent un risque important pour l’activité commerciale de part et d’autre de la frontière.

Conséquences sur le PIB américain

Dans le pire scénario, avec un taux de 25% de droits de douane sur toutes les importations en provenance du Mexique, Oxford Economics a calculé que la croissance du PIB américain serait amputée d’au moins 0,7 point de pourcentage l’année prochaine, tombant à +1% ou moins tandis que le Mexique entrerait en récession.

Les consommateurs américains seraient directement impactés, notamment pour leur consommation de fruits et légumes frais en provenance du Mexique. Ce pays est la première source d’approvisionnement de produits agricoles importés aux Etats-Unis avec 2,7 millions de tonnes par an. Ces tarifs douaniers pourraient aussi avoir un effet dévastateur sur le secteur automobile, les constructeurs ayant des chaînes d’approvisionnement totalement intégrées sur tout le continent nord-américain.

Surtout, l’imposition de tarifs douaniers va détériorer la confiance des entreprises et des consommateurs. Signe de l’inquiétude grandissante: Wall Street a lourdement chuté vendredi, signant au passage la première baisse mensuelle de l’année.

Le ministre mexicain des Affaires étrangères Marcelo Ebrard doit rencontrer mercredi prochain le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, pour tenter de déminer le conflit.