Xavier Niel

ERIC PIERMONT / AFP

Vendredi, en début d’après midi, Xavier Niel, fondateur de Free, annonçait avoir pris le contrôle des 34% de Nice-Matin détenus depuis 2016 par le groupe belge Nethys via sa holding Avenir Développement. Une acquisition qui lui ouvrait théoriquement la voie vers 100% du capital du quotidien régional en vertu du pacte d’actionnaires liant Avenir Développement et la SCIC Nice-Matin, cette coopérative où les salariés ont investi leur 13e mois en 2014 pour devenir propriétaires de 66% de leur journal.

Les 456 salariés-actionnaires, réunis en assemblée générale vendredi après-midi, se sont prononcés à 60% en faveur du projet concurrent, porté par le magnat franco-libanais Iskandar Safa, propriétaire de Valeurs Actuelles, qui a fait fortune dans les chantiers navals. Un vote qui entraîne de fait une dénonciation du pacte d’actionnaires.

Dans un communiqué, le PDG du groupe, Jean-Marc Pastorino, favorable au projet Safa, a estimé vendredi soir que ce vote marquait « le choix d’un avenir ». Sans citer Xavier Niel, il estime que cette décision « contrecarre une tentative de fraude aux droits des actionnaires salariés de choisir (leur) nouveau partenaire ».

Division au sein du groupe

Un vote qui montre une grande division au sein du groupe. Le collège des journalistes s’est lui prononcé à une très large majorité pour l’offre de Niel, par 137 voix contre 6. Avec ce vote pour Iskandar Safa, et la dénonciation du pacte d’actionnaires qu’il entraîne de fait, les journalistes craignent désormais que le groupe soit « plongé dans une bataille judiciaire longue, coûteuse et incertaine ».

« Nous sommes face à deux vérités », a jugé Denis Carreaux, le directeur des rédactions du groupe, auprès de l’AFP: « La vérité juridique et économique, qui fait que le pacte d’actionnaires donne un droit de préemption à M. Niel sur les 66% du capital détenus par la SCIC, au 1er février 2020. Et la vérité de l’assemblée générale ».

Jeudi, dans un courrier adressé aux salariés du groupe, le patron de Free avait pourtant tenté de les convaincre. Sans succès. Il précisait notamment qu’il était disposé à proposer « un prix supérieur » aux 925 000 euros prévus par le pacte d’actionnaires pour le rachat des 66% détenus par la SCIC. Il proposait même que les salariés qui souhaiteraient rester actionnaires pourraient le faire, à hauteur de 10 à 20% maximum.

Le feuilleton va donc continuer autour de Nice-Matin. Il avait démarré début mars avec l’ouverture d’une procédure de sauvegarde visant le journal, et ce à la demande de ses dirigeants, lassés des actionnaires belges de Nethys qualifiés d’ « absents ».