Drapeaux américain et chinois

JEWEL SAMAD / AFP

La tension est encore montée d’un cran entre Washington et Pékin. Après les attaques verbales et de nouveaux droits de douanes, la Chine a sorti ce vendredi une nouvelle arme: la création de sa propre liste noire d’entreprises étrangères « non fiables ». Une réponse à l’offensive américaine contre Huawei. Les modalités de cette mesure restent toutefois à préciser.


Cette menace intervient au moment où de nouvelles surtaxes doivent entrer en vigueur ce samedi en Chine sur des produits américains, en représailles aux hausses de droits de douane annoncées par Donald Trump début mai sur des produits chinois. 5.410 produits américains seront taxés à hauteur de 10%, 20%, voire 25% sur un ensemble de marchandises américaines déjà pénalisées à leur entrée en Chine. Une mesure qui vise 60 milliards de dollars d’importations annuelles.

Après ces nouveaux droits de douanes, Pékin mise donc sur la création d’une liste noire pour faire pression sur Washington. « Les entreprises, organisations et particuliers étrangers qui n’obéissent pas aux règles du marché, qui s’éloignent de l’esprit d’un contrat, qui imposent des embargos ou cessent d’approvisionner des entreprises chinoises pour des motifs non commerciaux et nuisent gravement à leurs intérêts et droits légitimes seront placés sur une liste d’entités non fiables » a précisé le ministère du commerce.

Cette annonce survient alors que le géant chinois des télécoms, Huawei, a été placé courant mai par Washington sur une liste d’entreprises suspectes auxquelles les entités américaines ne peuvent vendre d’équipements technologiques.

Washington réitère ses accusations à l’encontre de Huawei

L’administration Trump soupçonne le groupe de Shenzhen d’espionnage au profit de Pékin. Des accusations réitérées ce samedi matin par le chef du Pentagone à Singapour: « Le géant chinois des télécoms Huawei est trop proche du gouvernement chinois, et il est donc difficile de faire confiance à une entreprise au coeur d’une guerre commerciale entre Pékin et Washington ». « Quand je vois cette situation, c’est trop risqué. Vous ne pouvez croire que ces réseaux (d’échanges de données) sont protégés », a déclaré Patrick Shanahan.

La décision américaine, qui doit entrer en vigueur dans un délai de trois mois, menace la survie de ce fleuron industriel chinois, très dépendant des puces électroniques américaines pour ses téléphones. Depuis, plusieurs entreprises ont pris leurs distances avec Huawei, notamment Google, dont le système Android équipe l’immense majorité des smartphones dans le monde.

Alors jusqu’où ira la surenchère? Pékin a laissé entendre cette semaine qu’il pourrait aller jusqu’à réduire ses exportations de terres rares, indispensables à de nombreuses industries de pointe en Amérique, notamment l’armement. L’arrêt des exportations vers les Etats-Unis pourrait donner à Pékin un atout supplémentaire dans les négociations commerciales, car la Chine fournit aux Américains 80% de leurs terres rares. La hache de guerre semble donc encore loin d’être enterrée.