Trump

Les exportations totales de la Chine en direction de tous les pays ont de nouveau légèrement augmenté en juillet 2019. – Brendan Xialowski- AFP

Triste anniversaire pour l’organisation mondiale du commerce (OMC). En avril 1994, l’accord de Marrakech mettait en place l’institution chargée de fixer les règles du commerce international. 25 ans plus tard, l’OMC est à l’arrêt. Voire à l’agonie. Ce mercredi, Donald Trump a réitéré sa menace, déjà lancée l’année dernière à la même époque. « Nous partirons s’il le faut », a-t-il affirmé lors d’une visite d’une usine Shell en Pennsylvanie. « Nous savons qu’ils nous entubent depuis des années et cela n’arrivera plus jamais. » La raison de son courroux ? Le manque d’efficacité de l’OMC pour faire respecter l’équité entre les membres.

Difficile de lui donner tort, comme l’expliquait en début d’année l’ex-Directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, sur BFM Business. « Trump a raison sur un point : les règles du commerce mondial doivent être modifiées » affirme-t-il. « Il faut réformer les règles de l’OMC, par exemple pour encadrer les subventions étatiques ou réguler l’accès et la protection des données, qui sont la matière première de demain ».

« La Chine d’aujourd’hui n’est pas celle qui est entrée à l’OMC »

Le cœur de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine s’articule d’ailleurs autour de ces sujets. Donald Trump reproche à Pékin de subventionner excessivement son industrie et ses services, rendant le jeu du commerce international inégal. La propriété intellectuelle est aussi une vraie problématique en Chine où la contrefaçon, la violation de brevets et le transfert forcé de technologie étrangère ont longtemps été la norme.

« Trump a mis un vrai problème sur la table » reconnait Pascal Lamy, qui avait soutenu l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001, avant de prendre la tête de l’institution en 2005. « 20 après, ce n’est pas si sûre que la trajectoire, comme anticipée à l’époque, est de rejoindre les mœurs, les principes du capitalisme globalisé. » Une manière polie de constater le virage autoritaire et hyper-interventionniste de la Chine de Xi Jinping. « La Chine d’aujourd’hui n’est pas celle qui est entrée à l’OMC » résume Pascal Lamy.

D’autant plus que la Chine est toujours officiellement classée comme un pays en développement par l’OMC, ce qui lui autorise des dérogations pour soutenir son économie. La Maison blanche a beau protester, Pékin n’a pas l’intention de lâcher ce statut très favorable. « Le volume total est important, mais le montant par habitant est faible » se défendent les médias chinois, qui transmettent la parole du pouvoir central.

Mais ce n’est pas qu’une affaire chinoise. « Les Américains subventionnent excessivement leur agriculture » rappelle Pascal Lamy. En fait, l’inaction de l’OMC a provoqué la guerre commerciale lancée par Trump tandis que cette dernière ne fait qu’amplifier son impuissance. A l’instar du Conseil de sécurité de l’Onu, paralysé par le système de veto, l’absence de respect des règles des deux plus grandes puissances économiques mondiales relègue l’OMC aux oubliettes.

Urgence de la réforme

En octobre 2018, une réforme de l’OMC était évoquée lors d’une réunion des principaux pays membres à Ottawa (Canada). En l’absence notable de la Chine et des Etats-Unis… Dans les faits, Washington bloque même le renouvellement des juges de l’ORD (l’organe de règlement des différends), sorte de Cour suprême du commerce mondial. En raison des départs prévus, l’organe sera totalement paralysé le 11 décembre prochain si le blocage n’est pas levé.

Ce qui n’empêche les deux pays rivaux de continuer à s’affronter via l’OMC. En juillet dernier, l’institution a rendu un arbitrage favorable à la Chine pour un contentieux lancé en 2012. Washington avait augmenté les taxes sur certains produits chinois comme les panneaux solaires ou les feuilles d’aluminium qui étaient largement subventionnés.

Alors quel avenir pour l’OMC ? Une chose est sûre, sa disparition bouleverserait durablement l’économie mondiale. Ces dernières semaines, l’Union européenne et le Canada ont acté l’idée de créer un nouvel organe d’appel pour régler les différends commerciaux, en marge de l’OMC. Mais la réforme devient urgente. « Nous sommes trop lents à réformer le multilatéralisme commercial », affirmait Emmanuel Macron au lendemain du G20 d’Osaka. La question sera de nouveau évoquée à Biarritz, fin août, pour le G7.

Mais le véritable rendez-vous sera en 2020, au Kazakhstan pour la conférence ministérielle de l’OMC, la première depuis 2017. Et la plus déterminante pour l’avenir de l’institution. Ce sera quelques mois avant l’élection présidentielle américaine et les Etats-Unis de Donald Trump ne feront sûrement pas de cadeaux.