Chine US

Des négociations entre la Chine et les Etats-Unis sont prévues en octobre prochain. – AFP

À l’orée de nouvelles discussions sino-américaines, Pékin fait un peu redescendre la tension qui règne entre les deux puissances commerciales. La Commission des droits de douane du gouvernement chinois a en effet publié une liste de produits américains qui seront exemptés des surtaxes douanières mises en place l’an dernier.

Valables à partir du 17 septembre pour une durée d’un an, ces exemptions couvrent seize catégories de produits allant des pesticides aux lubrifiants en passant par certains produits pharmaceutiques. C’est la première fois que la Chine publie une telle liste depuis l’application l’an passé de surtaxes de 25% sur une série de marchandises importées des Etats-Unis. Un geste significatif de la part de Pékin avant la reprise des négociations début octobre avec Washington.

Mieux, le gouvernement chinois a précisé que d’autres produits pourraient être soustraits aux surtaxes douanières, après étude et « en temps voulu ». Pour autant, des droits de douane dissuasifs continueront de s’appliquer sur de grandes catégories de produits agricoles made in USA, comme le soja et la viande de porc.

Le bras de fer américano-chinois qui dure depuis 2018 commence-t-il à tourner en faveur du premier ? Les exportations chinoises ont en effet reculé de 1% le mois dernier tandis que l’excédent commercial avec les Etats-Unis est passé de 28 à 27 milliards de dollars sur un mois. Et pour plusieurs instituts, la croissance chinoise pour 2019 sera rognée de 0,6 point sur un an, redescendant à 6% soit son niveau le plus bas depuis 30 ans.

L’incertitude, ennemie de la croissance

Mais du côté des Etats-Unis, certains indicateurs commencent aussi à inquiéter. « L’indice ISM manufacturier aux Etats-Unis est passé de 51,2 à 49,1, un niveau qui signale donc une contraction de l’activité. Il est aussi à noter que la baisse de plus de 2 points est inhabituellement importante, d’ailleurs aucun des 66 prévisionnistes n’avait prévu une telle baisse, il s’agit donc bien d’un mouvement très significatif. Il faut aussi signaler que la composante « commandes » qui donne normalement le « la » pour les mois futurs n’est pas mieux, loin s’en faut : 47,2 après 50,8. Là aussi un niveau nettement en dessous de 50 qui signale une contraction marquée, et une baisse très forte sur le mois », commente Stéphane Déo, stratégiste à la Banque Postale, Asset Management.

« Même si ces chiffres ont montré une volatilité forte par le passé, il est clair que l’effet de la guerre commerciale commence à peser à plein sur l’économie américaine. D’ailleurs la croissance américaine pour 2019 était attendue à 2,6% en juin, elle n’est plus attendue qu’à 2,3% », conclut le spécialiste.

C’est en fait la croissance mondiale qui est touchée par cette guerre commerciale. « Ça nous a coûté déjà 1% (un point de PIB, NDLR) de la croissance mondiale », assure ainsi Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, qui était l’invité de Good Morning Business sur BFM Business.

« Il y a un an, on estimait que la croissance en 2019 et 2020 serait environ de 4%. On est en train de faire la dernière projection (pour) dans les prochains jours et je crois que ça va être beaucoup plus près de 3% », indique Angel Gurria. « C’est vraiment très très difficile et très dangereux. (…) Car ça pourrait même être pire ».

Le secrétaire général de l’OCDE a également tenu à rappeler que les mesures de rétorsion douanières créaient de l’incertitude. Or « l’incertitude, c’est l’ennemi de la croissance », juge-t-il.