Cédric O

Cédric O, secrétaire d’Etat au Numérique –

Les GAFA américains sont, depuis plusieurs mois, dans l’oeil du cyclone. Ce lundi, 49 Etats américains ont lancé une enquête contre Google, mis en cause pour sa gestion des données personnelles des utilisateurs et ses pratiques commerciales sur le secteur de la publicité en ligne. Avant lui, une procédure analogue a été engagée contre Facebook. Le début de la fin de l’ère des GAFA ? « La question se pose réellement. En tout cas, elle ne s’est jamais posée de manière aussi aigüe » confirme Cédric O, secrétaire d’Etat au Numérique, invité sur le plateau de Good Morning Business, ce mercredi

Avant de tempérer : « Je ne préjugerai pas tout de suite de la fin de l’histoire aux Etats-Unis. Parce que, pour des raisons politiques, pour un certain nombre de raisons, en fait les Américains savent aussi très bien défendre leurs entreprises » souligne-t-il. Le développement de Google, Amazon ou Apple a d’ailleurs été largement accompagné par l’Etat américain, ces dernières décennies.

« Si vous coupez Facebook en dix… »

« En tout cas, il y a une question qui se pose sur la taille et sur l’emprise qu’ont ces gros acteurs sur nos vies et nos économies » poursuit Cédric O. « Il y a la question du démantèlement qui est très vive dans le débat académique américain, qui peut se poser. Et il y a la question de la régulation ».

Selon lui, « même si on démantèle, il ne faut pas abandonner la régulation, parce que si vous coupez Facebook en dix, il y aura toujours dix entreprises avec 140 ou 150 millions de personnes dedans (d’utilisateurs, ndlr). Donc cela pose toujours les questions de la vie privée (…) des contenus haineux ».

Dans l’IA, « l’Europe, aujourd’hui, n’existe quasiment pas »

Surtout, il faut anticiper les risques pour l’Europe, insiste le secrétaire d’Etat. « Il faut aussi prendre un peu de recul et réfléchir à notre politique commerciale parce que, aujourd’hui dans certaines technologies, je pense à l’intelligence artificielle particulièrement, la souveraineté occidentale dépend aussi des investissements des GAFA. »

Il détaille : « Vous avez 40 milliards d’euros qui sont investis chaque année par les GAFA dans l’intelligence artificielle, 40 milliards d’euros par les Chinois. L’Europe, aujourd’hui, n’existe quasiment pas. Donc si on décide de réduire, de tailler les GAFA pour des raisons économiques et pour des raisons démocratiques, alors il faudra se poser la question de notre politique commerciale » explique-t-il.

Les GAFA seraient donc notre meilleure protection contre l’influence chinoise ? « Je ne dis pas que c’est le meilleur bouclier, je dis que, à ce stade, ils (les GAFA, ndlr) sont une brique essentielle de notre compétitivité » souligne Cédric O. « Donc si on décide de couper les GAFA, alors il faudra appliquer les mêmes règles aux Chinois ou alors leur fermer nos marchés. »

« Optimiste » sur la taxe GAFA

Concernant un éventuel accord entre la France et les Etats-Unis autour de la taxe GAFA, le secrétaire d’Etat reste « optimiste » sur son issue. « Là, on est un peu au milieu de la tranchée dans les discussions avec les Américains, on va voir ce qu’il se passe dans les jours qui viennent. Grosso modo, l’idée c’est qu’ils sont d’accord avec nous pour dire que les bases taxables doivent être réactualisées et que, aujourd’hui, on ne taxe pas vraiment la valeur là où elle est créée. Par contre, ils ne sont pas d’accord pour qu’on anticipe un accord international. Tout tourne autour de ça. »