Argentine manifestation

Les coupes budgétaires et l’inflation galopante ont été à l’origine de plusieurs grèves et manifestations en Argentine. – Eitan ABRAMOVICH / AFP

L’Argentine sombre. Deux jours après la primaire, répétition générale de l’élection présidentielle, la Bourse argentine a plongé de plus de 35% tandis que le peso s’est effondré à son tour pour atteindre des plus bas historiques. Une réaction des marchés qui acte l’échec du président libéral Mauricio Macri, sèchement battu par son principal rival, le péroniste Alberto Fernandez.

Elu de justesse en 2015, il proposait de changer la donne et surtout de redonner un nouveau souffle au pays qui peine à sortir la tête de l’eau depuis la grave crise financière de 2001. Lasse, l’économie argentine est de nouveau entrée en récession en 2019.

Le pays, pourtant, donnait des signes encourageants au début de l’année précédente. Après avoir coché la case récession en 2016, l’Argentine retrouvait des couleurs. Les réformes libérales de Mauricio Macri et les accords passés avec ses créanciers, lui permettant de revenir sur les marchés internationaux, avaient réussi à inverser la tendance, mais des crises monétaires successives ont brisé les efforts argentins. Le peso argentin était à parité avec le dollar au début du siècle : il ne vaut plus qu’environ 0,02 dollars aujourd’hui.

Le ralentissement de la Chine, la hausse des taux d’intérêts de la Réserve fédérale américaine et les incertitudes croissantes, la guerre commerciale entre Pékin et Washington en tête, ont rudement éprouvé les monnaies émergentes l’année passée, notamment en Amérique latine, délaissées pour le dollar refuge. En outre, le déficit argentin, bien qu’il soit passé de 6% du PIB en 2015 à 2,4% en 2018, enflamme l’inflation galopante qui, à son tour, alimente la dépréciation de la monnaie nationale.

Un prêt en échange de réformes

Peu après avoir vu la banque centrale porter son taux directeur à 40 %, Mauricio Macri a appelé le Fonds monétaire international à la rescousse pour sauver le pays de l’abîme – et éloigner le spectre déjà connu de la banqueroute. L’institution de Washington lui a concédé un prêt de 57 milliards de dollars de 2018 à 2020 pour stabiliser son économe fragilisée. Au premier trimestre 2019, le commerce de gros de détail chute encore de 12,6%, tandis que l’industrie et la finance plongent de plus de 10%.

En échange du prêt du FMI, l’Argentine a été contrainte de lancer un plan de rigueur pour réduire le déficit de l’Etat, s’engageant à parvenir à l’équilibre budgétaire en 2019. Or, mise à rude épreuve par la récession économique et exaspérée par les coupes budgétaires, la classe moyenne argentine réclame un changement de politique économique. Une gigantesque grève, la cinquième depuis l’arrivée au pouvoir du président de centre-droit en décembre 2015, avait paralysé le pays à la fin du mois de mai pour protester contre l’incapacité du gouvernement à réduire l’inflation.

Cette dernière semble inarrêtable. La hausse des prix dépasse 50% sur les douze derniers mois. La perte de pouvoir d’achat est considérable pour les 44 millions d’Argentins : deux années d’inflation annuelle d’un pays européen n’égalent pas la hausse mensuelle des prix qui oscille entre 3 et 6% depuis un an. Egalement touchés par le ralentissement de l’industrie argentine, qui a licencié ou mis au chômage partiel de nombreux employés, un tiers des Argentins seraient pauvres selon les statistiques reconnues de l’Université catholique argentine (UCA).

Gel des prix des produits de base

Un exemple évocateur avec le marché automobile : les ventes de voitures ont été divisées par deux en un an, et l’industrie ne fonctionne plus qu’à 15% de sa capacité, son plus bas niveau depuis 2003 où elle était encore marquée par la crise économique de 2001 – les sous-traitants du secteur, moins solides, sont également touchés de plein fouet. Face à l’inflation, les Argentins limitent en effet leurs achats à l’alimentation et aux produits essentiels.

Le gouvernement avait annoncé en avril le gel des prix des produits de base et des services publics. Cela ne devrait pas sauver sa réélection : à quelques mois d’une élection très incertaine, Mauricio Macri est désormais devancé par Alberto Fernandez, accompagné de l’ex-présidente Cristina Kirchner qui vise la vice-présidence. D’autant que le FMI ne semble pas vouloir lâcher la bride. Christine Lagarde jugeait en avril « insensé » pour tout candidat à la présidence de vouloir abandonner les réformes économiques.